LA MAURITANIE, hiver 2004-2005

Après avoir ouvert la voie l’été dernier le long des côtes mouvementés du Maroc, Xavier Van der Stappen a atteint les flots plus calmes du Banc d’Arguin et les côtes mauritaniennes.
La Mauritanie, là où le kayak prend tout son sens. Plus de 500 kilomètres de littoral abrité et des îles à découvrir. Un immense réseau de vasières et de prairies marines où il est bon de se perdre. Des eaux calmes où l’on croise sans peine dauphins, orques, tortues et requins. Des eaux chargées de vie d’où bondissent mulets jaunes, courbines et capitaines.
Mais la Mauritanie, c’est aussi un désert varié et merveilleux. Un désert habité qui offre de belles rencontres humaines à ceux qui savent s’ouvrir à l’Autre.
Jusqu’à Nouakchott, la côte, bordée de hautes dunes, reste abritée par la péninsule de Nouadhibou qui brise les vigoureux courants descendants du Nord. Le littoral s’étend plein sud en direction des vastes zones d’estuaires inondés tour à tour par l’Atlantique et le fleuve Sénégal.
Dans la zone du Diawling, à l’intérieur des terres, un étonnant réseau de chenaux brisés par des dunes vives offre un abri inespéré aux hommes, aux animaux et aux plantes.

 


Un espace grandeur Nature

départNaviguer en solitaire à bord d’un kayak le long des côtes de Mauritanie reste une expérience unique et quasi impossible à traduire tant les impressions sont à la fois fortes et douces.
De Nouadhibou à l’île d’Arguin, cela représente une semaine sans croiser âme qui vive. Seuls les oiseaux et les chacals donnent aux lieux un semblant de vie.
Entre les hautes dunes venant du Sahara et les eaux calmes de la Baie du Lévrier, on a parfois du mal à distinguer la ligne d’horizon et de se dire qu’on est encore sur terre. Pas un arbre, à l’horizon, pas un rocher. Rien que les vagues de sable et la mer incroyablement calme. La vie est cependant bien là. Mais elle est sous l’eau et alimentée par les immenses vasières et prairies marines qui accueillent une quantité incroyables d’espèces de poissons, de mollusques, de crustacés et leurs prédateurs marins et avicoles.
Les bivouacs ont quelque chose de surréaliste. Et on peut comprendre Saint-Exupéry assis sur une dune mauritanienne plongé dans une vision créatrice, mettant en scène un petit prince et un renard dans un décor désertique.
Durant l’hiver, la température n’est pas très élevée la nuit et contraste avec la chaleur du jour. Il n’est pas rare de subir quelques pluies et vents de sable violents qui bombardent tout ce qui flotte d’un rideau continu de sable qui pénètre toute chose.
Passées les eaux calmes du Banc d’Arguin, l’orientation plein sud de la côte empêche le littoral de prendre de plein fouet les rouleaux de l’océan. Plus de 400 kilomètres de côtes totalement désertiques déroulent leurs sables à perte de vue. Quelques villages et campements de pêcheurs sont là pour rappeler que l’humain n’est pas totalement exclus de ce milieu aride et sans eau douce.

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Une vie insoupçonnée

plage

En mer, la navigation n’est pas aussi dangereuse que le long des côtes marocaines battues par les vagues et les rouleaux impressionnants. Les seules craintes naissent de la vision d’ailerons, de nageoires dorsales et de formes qui passent à proximité du kayak glissant sans bruit.
De l’avis des pêcheurs Imraguen, les orques s’en prennent à ce qui flotte. Ils jouent avec les corps inertes. Les pêcheurs les craignent et c’est principalement la nuit que les accidents surviennent lorsque ces prédateurs mammifères marins se frottent contre les coques de bois. Les grands requins sont rares le long du littoral. En revanche, ces prédateurs de moins de 2 mètres peuplent en nombre les zones de bas-fonds. Une vingtaine d’espèces peuplent les eaux d’Arguin. Les tortues sont nombreuses en mer. Souvent surprises au dernier instant par la forme du kayak, elles virent de bord, sortant les pattes de l’eau. Il n’est pas rare de voir des tortues vertes et les grandes tortues luths échouées sur les plages. Les dauphins qu’on croise régulièrement dans les chenaux connaissent parfaitement les rythmes des marées et chassent aux basses eaux dans les estuaires.

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Rencontres avec les Imraguen

pecheur

es Imraguen ont été, comme beaucoup d’autres ethnies africaines, mal décrits et prisonniers d’images erronées. Il s’agit en fait d’un groupe économique dont le seul dénominateur commun est l’identité de pêcheur. Les quelques 1500 Imraguen qui occupent les 180 kilomètres du Banc d’Arguin sont issus de diverses tribus maures et leurs tributaires que l’on retrouve dans d’autres régions de Mauritanie. Ils parlent la langue hassanïa des Maures. Ils utilisent également quelques termes berbères liés à l’activité de pêche ou aux lieux autrefois occupés par les Berbères et restés dans le vocabulaire local. Ceci a visiblement brouillé les pistes au point qu’ils étaient considérés comme berbérophones par quelques ethnologues. Chaque famille qui se consacre à la pêche possède son propre troupeau que quelques membres font paître dans l’intérieur des terres. La pêche ne concerne donc pas tous les membres des familles.
Autrefois, les Imraguen pratiquaient la pêche lors de transhumances annuelles. Ils rejoignaient alors les rives de l’Atlantique et les îles où ils séjournaient quelques mois seulement. La raison en est simple : les points d’eau sont inexistants dans le Banc d’Arguin, si ce ne sont que de trop rares mares saisonnières. Les Imarguen chargeaient leurs dromadaires d’outres et déplaçaient leurs tentes suivant les migrations des poissons pélagiques. Sans moyen de navigation, ils se limitaient à la «chasse » à pied avec des filets qu’ils déployaient en rentrant dans l’eau jusqu’à la taille.

bateauLes bateaux à voile apparaissent bien plus tard lorsque des Canariens vinrent s’installer aux abords de Nouadhibou. Les Imraguen adoptèrent les «lanches» vers le début du 20e siècle. Aujourd’hui, leur pêche se limite à l’utilisation de filets adaptés aux seules espèces de poissons qu’ils pêchent : la courbine, le mulet jaune, le requin à museau, la raie. Ils ne négligent pas la chair des tortues marines. La pêche à l’aide de dauphins doit se lire comme une complémentarité d’intérêt et non comme une association entre l’homme et ces mammifères marins. Tous d’eux chassent lorsque la mer se retire et donc la cohabitation provoque la complémentarité dans le rabattage du poisson vers les filets lorsque l’eau manque dans les chenaux.

pecheur sur bateau

Le fait que les Imraguen ne disposent pas de plus de matériel de pêche et qu’ils se limitent à quelques espèces, tient certainement au fait que les eaux mauritaniennes restent parmi les plus poissonneuses du monde. Les Imraguen pêchent également des poissons qu’ils peuvent sécher et conserver longtemps. Ils produisent également une huile de tête de poisson qui leur offre un revenu non négligeable.
Notons que les Maures ne consommaient autrefois pas de poisson et donc n’étaient pas de bons clients.
Aujourd’hui, les choses ont bien changé et la création du parc national du Banc d’Arguin a considérablement amélioré les conditions d’existence des Imraguen, même si ceux-ci doivent se plier à quelques règles contraignantes. Au nombre de celles-ci, la pêche à la voile et non au moteur, la protection de certaines espèces dont les grands requins aux ailerons, autrefois exportés vers l’Asie.
Afin d’accéder aux aides, la plupart des campements temporaires sont devenus des villages permanents. Au nombre de 9, leur population fluctue considérablement.

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Le parc national du Banc d’Arguin

Le parc couvre une superficie de 12 000 km2, composé à part égale entre zones maritimes et terrestres. Il s’étend sur 180 kms de côtes, entre les parallèles 20°50’ nord et 19°20’ nord.

dune du parc d'Arguin La navigation dans le banc d’Arguin est limitée et contrôlée. Les embarcations à moteur en sont proscrites à l’exception des vedettes de contrôle de la marine nationale. Les eaux du parc sont contrôlées à l’aide de deux radars qui couvrent toute la zone. Il existe deux postes de contrôle importants où séjournent des équipes de gardes du parc à Iwik et à Mamghar. Dans chaque village, un chef de poste assure la surveillance et dispose de radio émettrice. Plusieurs enquêteurs du ministère des pêches séjournent en permanence et contrôlent la qualité et le contenu des pêches afin d’établir des statistiques qui détermineront les saisons les plus favorables. La plupart des villages sont dotés de véhicules tout terrain qui permettent d’acheminer le fruit de la pêche vers les villes et de ravitailler les personnes en eau potable et en vivres. Des coopératives permettent le regroupement des achats et la transformation des poissons ainsi que la production de voiles, de lanches et d’objets artisanaux. Une centaine de lanche est autorisée à pêcher dans les eaux du parc. Seules les personnes reconnues comme appartenant à des familles d’Imraguen ont le droit de pêcher dans le Banc d’Arguin.

Les visiteurs du Banc d’Arguin doivent passer la nuit dans les campements des villages suivants : Agadir sur l’île d’Arguin, Arkeiss réputé pour la pêche sportive et le plus couru, Ten Alloul, Tessot en face de l’île de Tidra, et Mamghar au cap Timiris. Le camping sauvage est interdit et ceci permet aux populations de bénéficier directement de la présence des touristes dans la région.
Parcourir les pistes du parc du Banc d’Arguin ne peut se faire qu’à l’aide d’un véhicule tout terrain. Le hors-piste est interdit. La route goudronnée, qui reliera bientôt Nouadhibou à Nouakchott, a permis de détourner du parc une partie du trafic des véhicules qui longeaient la côte et qui sont destinés à la vente en Afrique. Les villages d’Iwik et de Tessot proposent des sorties en lanches vers les îles et les vasières où séjournent les oiseaux migrateurs.
Un droit d’entrée est perçu aux postes de contrôle du parc. Le respect des règles est indispensable à la bonne gestion de cette aire protégée. Les responsables du parc ont le désir de développer l’écotourisme afin que la zone soit mieux comprise par le public et que les populations bénéficient des retombées de cette activité. Ceci permettra également d’attirer des visiteurs véritablement intéressés par la visite d’un écosystème particulier dont l’importance se situe dans l’eau et non sur terre.
Toute demande extraordinaire doit être soumise aux autorités du parc. Adresse : Parc national du Banc d’Arguin, BP. 5355 Nouakchott. E-mail : ecotourisme-pnba@mauritania.mr

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Lieux à ne pas rater

habitants d'agadirL’île d’Agadir avec son village de pêche et ses vasières faisant face aux grandes dunes.
Le cap Tagarit et sa nature sauvage entre dunes et falaises d’où on peut parfois apercevoir des épaulards.
Une sortie en lanche à Iwik ou Tessot avec un agent du parc, indispensable pour comprendre le fonctionnement de l’écosystème particulier.
La visite à l’atelier de voilerie de Teichott.
Le chantier naval et l’activité de pêche à R’Gueiba, certainement le village le plus animé.
Le village d’Awguej dans la Baie de Saint-Jean avec ses airs de Bagdad Café.
Le cap Timiris et ses colonies d’oiseaux migrateurs, ses mangroves naines et ses amas coquillés. On peut rejoindre Nouakchott à marée basse par la plage. Sur les 160 kms de sable, plusieurs villages Imraguen et des campements de pêcheurs sénégalais.
Au kilomètre 40, d’immenses dunes surplombent l’océan.
Au sud du pays, à la frontière du Sénégal, une visite au parc national du Diawling offre une découverte de paysages aussi magnifiques que variés.

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Au delà du témoignage, l’action concrète

portageLe Banc d’Arguin et la côte de la Mauritanie sont très peu peuplés. La ville de Nouadhibou compte quelques 100 000 habitants et à voir les eaux et les plages préservées de la Baie du Lévrier, l’impact de l’activité humaine sur l’environnement n’est pas visible à l’œil nu. Les quelques centaines de pêcheurs Imraguen qui peuplent les quelques 9 villages veillent à ne pas souiller l’environnement direct dans le but d’attirer les visiteurs vers les campements qu’ils gèrent. Même si la situation est loin d’être paradisiaque, ce ne sont pas les pêcheurs qui génèrent des déchets en masse. Le Banc d’Arguin est donc globalement préservé. Par contre, passé le Banc d’Arguin, lorsque les côtes sont à nouveau battues par l’Atlantique, les plages sont jonchées de détritus en tout genre. Et pourtant, les trop rares villages et campements temporaires de pêcheurs ne peuvent produire autant de déchets. La ville de Nouakchott se situe à plus de dix kilomètres de la mer, séparée de celle-ci par un cordon dunaire assez élevé. Le port de l’Amitié à l’abri de son warf accueille des porte-conteneurs et son impact a donc peu d’influence sur le milieu marin. Il en est de même pour le port de pêche traditionnel abritant une centaine de pirogues à moteur.

D’où proviennent les déchets alors ?
A bien y regarder, ceux-ci se composent de récipient en plastique de fabrication européenne, marocaine et américaine. Il y a également de nombreux déchets provenant des navires usines qui pêchent en haute mer. On retrouve des sacs poubelles entiers et peu dégradés mais aussi des ampoules de bateaux, des sacs plastiques épais, des panneaux entiers de fibre de verre. Les forts courant dominants et les vents provenant du nord, apportent quantité de déchets qui ne peuvent s’échouer sur les côtes du Maroc, constituées de falaises abruptes.
Sur des kilomètres se sont nos poubelles qui maculent de belles plages inhabitées. De nombreuses dépouilles de tortues et de dauphins, mais aussi des baleines et des orques semblent inquiéter les autorités en charge de la surveillance des ressources marines. Il me parait inconcevable de ne pas réagir. L’association « Cultures & Communications » initiatrice de Kayakafrika, en collaboration avec l’Etat mauritanien, va lancer une campagne de nettoyage des plages mauritaniennes afin d’attirer l’attention sur le phénomène de l’internationalisation des poubelles. >>> en savoir plus...

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