LE SENEGAL, hiver 2005-2006

Après les côtes du Maroc et celles de Mauritanie, le projet Kayakafrika a effectué la troisième partie de ce périple le long des côtes africaines, au Sénégal.
Au Sénégal, pays du Sahel qui possède une façade maritime importante, la majorité de la population consacre son activité et donc assure sa survie grâce à la mer.
Au nord, les pêcheurs font face à l’océan Atlantique puissant, qui maintient une barre difficilement franchissable aux embarcations qui doivent gagner la haute mer pour pêcher. Au centre, protégées par la péninsule de Dakar, les eaux plus calmes sont surexploitées. Au sud, les estuaires du Sine Saloum, de la Gambie et de la Casamance offrent d’immenses zones inondées propices à la diversification économique (rizières, récolte des huîtres, pêche, chasse, tourisme…).
Nous avons trois types de milieux distincts à la fois riches mais très fragiles. L’activité de pêche est-elle compatible avec le maintien des ressources marines ?

 


Le fleuve des comptoirs

vue du fleuve pub bateau

A l’invitation de l’agence Sahel Découverte de Saint-Louis, j’ai eu l’occasion de remonter le fleuve Sénégal à bord du Bou El-Mogdad (pour tous renseignements : bassari@bassarisenegal.com). Un bateau mythique qui est revenu sur les lieux de ses premières navigations africaines dans les années cinquante. Du haut du pont supérieur du Bou El Mogdad, c’est toute la vallée qu’on découvre à perte de vue, de l’île de Saint-Louis jusqu’au comptoir de Podor en passant par le parc du Djoudj, Richard Toll et Dagana.

Un voyage confortable à la découverte des anciens comptoirs de traite. Un must sur ce fleuve, déserté par le commerce fluvial, concurrencé par la route goudronnée qui le longe. Six jours de navigation inoubliables qui complètent mon approche du fleuve descendu en kayak l’été dernier.

retour au menu


A la recherche des lamantins du fleuve

rechrche lamantins

A l’invitation de l’Océanium de Dakar, je me suis rendu à Kanel dans la région de Matam. Situé à l’Est du Sénégal, cette région subit des décrues rapides qui piègent ces grands mammifères aquatiques pouvant peser jusqu’à 300 kgs. Les lamantins sont d’une discrétion étonnante. En quatre jours, pas le moindre cliché de lamantin.
Ils sont pourtant là, dans l’eau brune opaque dans un bras d’une dimension de 700 m sur 300 m. J’ai parcouru ce bras de jour comme de nuit, scrutant la surface de l’eau avec l’assistance du gardien Monsieur Mouktar Abou Si, pêcheur Tchoupaloh. Quand l’eau se sera évaporée, vers le mois de mars, ils seront capturés et transportés vers le fleuve. Ces quelques jours m’ont également permis de mieux comprendre le quotidien d’une famille de pêcheurs du Haut Sénégal.

retour au menu


Saint-Louis, ville musée ?

saint louisescalier colonial

Sous une pluie battante, devant la proue du kayak éclaboussée d’embruns, apparaissent les contours de l’île de Saint-Louis. La ville annonce l’embouchure du fleuve sur l’océan atlantique. A gauche, les arches du pont métallique. A droite, face à la mer, le quartier des pêcheurs. En face, à la pointe de l’île, une grue à vapeur rouillée, vestige d’une époque révolue.

Réputée pour son architecture coloniale, comptoir de traite depuis le 15e siècle, ville hôte d’un festival de jazz réputé, escale de l’Aéropostale vers l’Amérique, nouvelle Mecque jet set des milliardaires investisseurs, Saint-Louis est bien plus que tout cela. En ce début septembre, la confrérie des Mourides commémore la déportation de leur guide religieux par l’occupant français.

Plus de cent ans après, les Sénégalais semblent reprendre possession des lieux. Ils rebaptisent les rues autrefois dédiées aux figures majeures du colonialisme. Ils tentent de déboulonner la statue de Faidherbe, gouverneur du Sénégal à la fin du 19e siècle. Plusieurs milliers de personnes se réunissent pour prier sur ce qui fut la place des défilés militaires. Cette image d’un Sénégal musulman qui cherche à se débarrasser d’un passé colonial fort présent est curieusement tenu à l’écart par les médias. Pourtant, les confréries religieuses nées de la résistance locale aux envahisseurs occidentaux se font de plus en plus présentes sur le terrain et en politique. A Touba, ce sont des millions de personnes qui se réunissent à l’occasion de pèlerinages religieux et identitaires.
Nous sommes loin des images cartes postales d’un Sénégal touristique, accueillant, laxiste et soit disant francophone. Les Sénégalais seraient-ils en voie de reprendre possession de leurs terres ? Du côté du quartier des pêcheurs, les images des marabouts peintes sur les murs sont légion.

retour au menu


La langue de Barbarie

voilier sur le fleuvevue de la côte

Une langue de sable d’une centaine de mètre et longue de cinquante kilomètres sépare le calme de la lagune de l’océan déchaîné. La quiétude des bolongs ensoleillés bordés d’une mangrove verte contraste avec la fureur de la mer noyée de brume.
Il y a quelques années, une brèche a été ouverte dans la Langue de Barbarie pour parer aux inondations prévues à Saint-Louis. D’un chenal de quelques mètres, l’ouverture sur la mer atteint aujourd’hui plusieurs centaines de mètres. Cette intervention humaine a eu pour effet l’ensablement de l’estuaire.
Ceci provoquera sans doute la disparition de la réserve marine qui met en avant la présence de tortues marines. De mémoire de pêcheurs, il y a plus de dix ans qu’on n’a pas vu de tortue pondre dans le sable et les oiseaux se font de plus en plus rares. La toute petite réserve reçoit pourtant des touristes.
En amont, le parc du Djawling en Mauritanie ne bénéficie plus des marées et les zones humides s’assèchent progressivement. Mais la nature reste la plus forte et ce que l’océan a façonné durant des siècles, l’homme ne pourra pas l’endiguer.

retour au menu


La Grande Côte

pêchebateaux sur la plage

De Saint-Louis à Dakar, la côte est battue par les courants. La barre est un handicap important. Les rouleaux provoquent des accidents et empêchent les embarcations de gagner le large. A Kayar, la population vit exclusivement de la pêche. Revenant de plusieurs jours de mer, les longues pirogues atteignent la plage en évitant la barre. Sorties des embarcations, les tonnes de marchandises sont acheminées vers la plage où les poissons sont achetés par lot et livrés ensuite aux mareyeurs dont les camions frigorifiques attendent à la criée. Plus loin, ce sont des centaines de mètres carrés de séchoirs et au-delà, l’ambiance enfumée des transformateurs de poissons en farine. Toute la population vit de la pêche.
De Kayar à Dakar, la côte devient inabordable. Il faut rejoindre les îles de Yof ou Ngor pour pouvoir atteindre le littoral abrité. Mais aujourd’hui la mer est formée et empêche l’accès à l’île de Yof sorte de Saint-Tropez dakarois. L’île de Ngor n’a rien à lui envier. Le lieu est exclusivement dédié au tourisme accessible aux nantis.

retour au menu


Les îles de la Madeleine

vue des îles de la madeleineAu delà de la pointe des Almadies et des épaves qui rendent le passage dangereux, les îles de la Madeleine apparaissent enfin plein sud. En contournant l’île, j’atteints la passe qui mène au lagon. Un paradis en mer à quelques kilomètres de la fièvre de Dakar. Un parc naturel habité par les seuls oiseaux. Une île entre des rochers battus par les vagues et un décor de savane avec baobabs et herbes sèches. Un endroit unique, normalement interdit d’accès sans autorisation mais qui ne bénéficie pas d’une surveillance régulière

retour au menu


Gorée, havre de paix

A moins d’un mile de Dakar, l’île de Gorée est un village en face d’une mégapole polluée et surpeuplée. Une île musée consacrée au souvenir des déportés africains. Un mémorial de l’esclavage pratiqué à large échelle par les Occidentaux. Devenues quasi inabordables pour les Goréens, les maisons anciennes sont occupées par les Occidentaux et/ou transformées en restaurant. C’est aussi un site squatté par quantité d’artistes qui occupent les anciennes casemates militaires. Sans voiture, loin des embouteillages de Dakar, Gorée reste un site exceptionnel.

retour au menu


La Petite Côte

vue de la mer

Pour quitter Dakar vers le Sud, il faut traverser la Baie du Cap Vert, la seconde du monde. Ici, c’est le béton qui domine sur plus de 50 kilomètres. A 80 kms de la capitale, la Petite Côte abrite de nombreux complexes destinés aux touristes occidentaux.

retour au menu


Le Sine Saloum

pêchebateaux sur la plage

Le Sine Saloum, zone marine, dédalle de bolongs envahis par la mangrove, millions de palétuviers formant un rideau végétal d’un vert soutenu. Une zone incroyablement riche qui permet à la faune marine de se régénérer. On y croise des dauphins, des requins, des lamantins mais aussi des milliers d’oiseaux en migration qui viennent y chercher de quoi reprendre des forces avant de poursuivre plus au sud. Le Sine Saloum, c’est aussi un estuaire vaste où il est facile de se perdre.
Les innombrables îles regorgent de vie. Phacochères, singes, antilopes mais aussi forêts de baobabs, de lianes où vivent de grands serpents comme les vipères et les imposants pythons aussi à l’aise sur terre que dans l’eau.
Souvenir de bivouac dans les îles de coquillages, couchers de soleil remarquables, villages où il fait bon vivre, plats d’huîtres à volonté…

retour au menu


Clip, clap, on tourne !

A l’initiative de l’Océanium de Dakar, une zone marine protégée a été créée dans le bolong cul-de-sac de Keur Bamboung. Douze villages ont décidé de conserver ce vaste territoire pour protéger les ressources marines dont ils vivent. Pour que le projet soit viable, un campement a été monté. Celui-ci accueille des visiteurs qui y trouvent la sérénité d’un lieu isolé et la possibilité de découvrir un environnement particulier.
Baay Bia, chanteur sénégalais qui monte, a écrit une chanson afin de promouvoir cette démarche communautaire. Xavier, en fait le clip qui passe sur les télévisions sénégalaises. A Paris, Charlotte a bénévolement réalisé le montage. Une manière de soutenir les initiatives locales en mettant son savoir-faire à disposition de projets vraiment fiables.

retour au menu